Est-ce la fin des comédies romantiques?

Lorsque Aimer à nouveau, sympathique comédie romantique avec Priyanka Chopra Jonas et surtout Céline Dion n’engrange que 5 millions $US au box-office nord-américain en 10 jours… et moins de 100 000 $ au Québec, on se dit qu’il y a un problème. Mais lequel?

Aimer à nouveau ne fait pas recette, c’est le moins qu’on puisse dire. Avec 5 millions $US de recettes dans 2703 salles, la moyenne de 1 849,79 $US de revenus par écran est la preuve d’un flop cataclysmique… d’autant plus surprenant que les studios Screen Gems, filiale de Sony, n’ont pas lésiné sur les gros noms puisque même Céline Dion bénéficie d’une bonne vingtaine de minutes de temps d’écran. Que se passe-t-il donc au pays de la rom com?

Elles ne font pas le poids

La comédie romantique connaît ses heures de gloire dans les années 1990 et 2000. Souvenez-vous… Quand Harry rencontre Sally (1989 et 92,99 millions $US au box-office international), Hitch (1989 et 366,78 millions $US), Coup de foudre à Notting Hill (1989 et 363,71 millions $US), Le Mariage de l’année (2002 et 374,89 millions $US), Une jolie femme (1990 et 432,56 millions $US) ou encore Marie a un je-ne-sais-quoi (1998 et 369,88 millions $US)… Tous ces films ont rapporté des centaines de millions de dollars aux studios, pour des budgets fort réduits.

Et ce ne sont pas les vedettes qui manquent au générique. Kate Hudson, Drew Barrymore, Jennifer Lopez, Julia Roberts, Cameron Diaz, Katherine Heigl, Reese Witherspoon… et même Jennifer Lawrence se sont fait un nom dans des rom com.

Mais tout change dès le succès des superhéros. «Les comédies romantiques font de l’argent, mais pas autant qu’un Marvel», de dire Scott Meslow, auteur de From Hollywood With Love: The Rise and Fall (And Rise Again) of the Romantic Comedy dans les pages de Capsule.

«Les comédies romantiques ont en grande partie disparu pour la même raison que la plupart des films à moyen budget ont commencé à disparaître: Hollywood a favorisé les superproductions massives ou les films à potentiel de statuettes, avec très peu de place entre ces deux extrêmes», ajoute l’auteur.

Stéréotypes…

Sandra Bullock, grande prêtresse du genre et que l’on a vue dans La cité perdue l’an dernier (192,9 millions $US de recettes), analyse le phénomène dans le New York Times.
«Chaque fois que quelqu’un disait chick flick ou rom com, c’était décourageant. Je pense que lorsque tout a basculé vers des films d’action et d’aventure très masculins, les femmes ont été reléguées à être des faire-valoir ou des demoiselles en détresse.»

Mais la domination – en perte de vitesse – des films de Marvel au box-office n’est pas le seul facteur. Avec les années, les vedettes s’étant fait un nom avec les rom com sont passées à autre chose, de même que les réalisateur.trice.s. Le discours ambiant est aussi – et surtout – devenu moins paternaliste et moins stéréotypé. Même une comédie romantique comme Comment perdre son mec en 10 jours (2003 et 178,50 millions $US de revenus) avec Kate Hudson et Matthew McConaughey, considérée comme irrévérencieuse à l’époque, ne passe pas le test du temps, le portrait de la jeune femme apparaissant très démodé aujourd’hui à l’ère post #MoiAussi.

Danielle Henderson, coanimatrice du balado I Saw What You Did, souligne, dans les pages de Parade, que «personne ne veut voir deux personnes belles selon les standards hollywoodiens mettre trop de temps à tomber amoureuses alors que la planète est littéralement en feu».

Vive les «zinternets»

Et, bien sûr, les Netflix, Prime Video et autres plateformes numériques ont bouleversé la donne en rendant les rom com accessibles à la demande. Et ce n’est pas un hasard si Toi chez moi et vice versa avec Reese Witherspoon et Ashton Kutcher et Mariage en otage avec Jennifer Lopez et Josh Duhamel ont pris l’affiche sur Netflix au cours des derniers mois.

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